Il est des événements dont on ne guérit pas.On les porte en soi pour toujours.On croit que le temps passe,qu'il lisse l'effroi.On croît qu'on a sublimé l'épreuve,qu'on l'a dépassée,oubliée.Pourtant,le mal est fait&au plus profond de soi,la douleur est intacte.Le c½ur,déséquilibré,ne bat plus pareil.Une fenêtre est béante,le vent s'y engouffre,la vie s'y dérobe.On est glacé.On est perdu.Une part de soi s'est enfuie.On est fragilisé à jamais,en manque pour toujours.En soi,désormais,quelque chose n'attend plus que la fin. Il faut peut-être plonger profond pour trouver la source de sa vie.
J'ai attendu le train tellement longtemps que j'ai cru qu'il n'allait jamais venir.En montant enfin dans la rame que je croyais vide,j'ai été surprise par un homme plié en deux sur une vieille banquette en skaï orange.Il serrait ses jambes contre sa poitrine pour cacher ses larmes&son visage bouffi.Il était parcouru de sanglots.Je ne pouvais lui offrir qu'un regard doux;j'aurais voulu le soigner rien qu'en le touchant des yeux.Je me suis installée à distance raisonnable,la seule qui permette l'apprivoisement.Pas trop près pour ne pas l'effrayer, pas trop loin pour qu'il perçoive ma proximité discrète.Et pendant tout le trajet,je n'ai pas cessé de prendre soin de lui en l'enveloppant du regard.De temps en temps,l'homme aux yeux rouges sortait les yeux de sa caverne et m'offrait sa tristesse.Alors je redoublais de compassion.Je me suis courbée vers lui,les deux mains jointes dans une sorte de prière silencieuse.Je ne bougeais pas.J'étais captivée par cet homme en sanglots.Puis ma station est arrivée&je me suis levée.Je lui ai tendu les mains,pas pour qu'il les saisisse,mais seulement pour les lui offrir&puis je lui ai dit quelques mots.Il m'a souri&je lui ai offert mon plus beau regard de paix.J'aurai aimé,à cet instant,guérir de quelque chose.Prendre sa peine,qu'il prenne la mienne & que nous laissions le sac de douleur fondre ans le crissement des roues du train sur les rails.
by M.Dehaie